Bonjour belles âmes, 

Comme promis, j’ouvre cette première chronique du yoga en vous parlant à cœur ouvert.

Depuis que j’ai commencé à enseigner le yoga, j’ai eu l’occasion de répondre à de nombreuses questions à propos de ma manière d’enseigner. Mais surtout, mes élèves me posent beaucoup de questions sur ce qu’est le yoga.

C’est la raison pour laquelle j’ai eu envie d’écrire cet article sur ma conception du yoga en revenant sur les fondamentaux : « l’âme du yoga ».

Grâce à mes études indiennes pendant lesquelles j’ai beaucoup travaillé sur l’hindouisme et le bouddhisme, j’ai eu accès à de nombreux cours et travaux de recherches. J’ai eu une relation privilégiée avec les textes de la tradition sanskrite qui m’a permis d’aller encore plus loin dans ma compréhension du yoga. Ils m’ont accompagnée dans mon cheminement spirituel, j’ai tenté de faire l’expérience de ce que les mystiques ont tâché de nous enseigner à travers des mots.

Evidemment, j’ai bien conscience que ces textes n’étaient sans doute pas à destination de tous, mais plus d’une élite. Si on prend par exemple le texte « fondateur » du Yoga-Sūtra, il était, à l’origine, comme le Veda, destiné à être appris par cœur et récité oralement. Et oui, le pouvoir de la parole en Inde est très puissant…Là encore, je reviendrai sur le sujet.

Une de mes élèves m’a dit récemment :

« Cela me fait trop bizarre de ne pas te voir nous montrer les postures, je m’étais habitué à fixer mon regard sur mon professeur ».

Pour mon maître qui a reçu l’enseignement de Shri Mahesh, un bon enseignant ne doit pas à avoir à montrer les postures à ses élèves. Il doit avoir la capacité d’accompagner l’élève par la parole, en lui fournissant l’essentiel des informations, sans trop en dire. Il doit être capable de donner les indications justes à son élève afin de lui permettre d’ajuster son corps dans les postures sans se blesser, de lâcher le mental et de bien rester dans la contemplation de son corps. C’est justement toute la difficulté de ce métier. De cette manière, un élève pourrait faire sa séance de yoga en fermant les yeux, juste en plaçant sa conscience dans son souffle, ses mouvements, tout son corps et sur la voix de son enseignant « accompagnant ».

Les postures ou « asanas » sont accessoires dans la pratique du yoga

Aujourd’hui, si la plupart des maîtres de yoga se réclament de l’autorité des Yoga-Sūtra, leurs pratiques sont en grande partie héritées d’autres formes de yoga qui sont totalement étrangères à ce texte.

Ce recueil d’aphorismes si célèbre, attribué au « sage » inconnu Patanjali, nous dit très peu de choses sur les postures corporelles (il n’y a dans le texte que 6 mots sur les assises et postures du corps).

Toutefois, le texte développe beaucoup plus les exercices spirituels et mystiques visant à atteindre la libération de l’esprit. Le Yoga-Sūtra met donc en lumière l’importance de la méditation et des exercices spirituels de contemplation qui sont à l’origine du yoga.

Pour moi, le yoga est donc une forme de méditation en mouvement.

C’est la raison pour laquelle j’estime que les asanas, soit les postures, sont relativement accessoires dans la pratique du yoga. Je suis d’ailleurs souvent surprise de voir des personnes « se mettre en spectacle » sur la toile, en pratiquant des postures souvent complexes (souvent des anciens danseurs). Je suis attristée de voir à quel point ils passent à côté de la voie du yoga et qu’ils propagent donc une idée erronée de ce qu’est « l’âme du yoga ». C’est la raison pour laquelle je tenais à vous offrir ici, en tant que yogi, professeur, et ancienne étudiante en études indiennes, historienne, anthropologue, mon interprétation du yoga (même si cela reste évidemment subjectif).

Quelqu’un m’a encore dit hier au téléphone « mais Alexandra, est-ce que pratiquer le yoga me rendra plus souple ? ». J’ai répondu à mon interlocuteur que c’est une question qu’il ne doit pas se poser. La pratique du yoga est un cheminement spirituel, une méditation, une contemplation intérieure, un voyage introspectif qui nous permet de connaître davantage notre véhicule que beaucoup d’entre nous ne connaissent pas du tout. En voyant le nombre de médicaments prescrits en France, le nombre de maladies, force est de constater que des millions de personnes vivent en « apnée », ne prennent pas le temps de s’écouter, de comprendre le fonctionnement de leur corps. Comme je l’ai souvent dit sur le blog, « mettent des pansements sur des maux », jusqu’à ce que le corps ne tienne plus le coup… Par le biais de l’écoute du corps, le yoga aide à rester en bonne santé

Evidemment à force de pratiquer, un corps raide s’assouplira en douceur et la pratique assidue permettra de reprendre contact avec son enveloppe charnelle pour nous donner envie de la choyer. Le yoga aide d’ailleurs à retrouver et/ou à conserver son amour de soi.

Mais si on voit le yoga comme quelque chose de plus « physique » où le centre de l’enseignement est postural, étirer son corps pour s’assouplir, ce n’est pas représentatif du yoga, de ce que les grands mystiques ont tenté de nous transmettre et de systématiser à travers les « textes sacrés ».

Par ailleurs, ne vous arrêtez pas à ce que vous voyez, les postures sont très souvent mal exécutées, je le vois sur les photos Instagram…Attention aux effets néfastes sur leur corps : tôt ou tard, les lombaires pincées et les genoux rouillés se feront sentir ! Je conseille vivement de regarder de côté de Madame Bernadette De Gasquet ! Vous verrez ce qu’elle nous enseigne justement à ce sujet….Quelle grande dame Madame de Gasquet. J’ai tellement de respect pour elle…

Alors c’est quoi le yoga?

C’est la marche de l’esprit et son ajustement jusqu’à la parfaite maîtrise, la marche de l’homme sur son chemin spirituel. Le yoga vise à atteindre la contemplation parfaite. Et oui, le yoga, si proche de la méditation est tellement imprégné de bouddhisme me direz-vous. Là encore, je vous préparerai une chronique sur le sujet.

« Un état contemplatif parfait »

D’ailleurs, pour revenir à l’interprétation de ce qu’est le yoga. Notons que la notion de samādhi est fondamentale dans le Yoga-Sūtra : elle désigne cet état contemplatif parfait. Samādhi signifie la position parfaitement stable du mental, la concentration parfaite. Le sens général dans le Yoga-Sūtra est « repos ».

Le 2ème sūtra du premier pāda donne une définition absolument fondamentale du yoga :

I.2 yogaś citta-vṛtti-nirodhaḥ 

Le yoga est l’arrêt (ou le contrôle, ou la restriction) des fluctuations (ou transformations) du mental (citta).

Mais le yoga, c’est encore bien plus complexe que cela…Le yoga n’est pas forcément issu d’une tradition proprement hindoue, mais est né dans un contexte de syncrétisme religieux et social très complexe que j’aborderai dans différentes chroniques.

Les grands traités de yoga, selon leurs commentateurs, nous présente une discipline, un système, faisant partie intégrante d’une école philosophique précise, ayant des perspectives parfois théistes ou athées. Tout cela rend la compréhension du yoga complexe et laisse libre à chacun de faire ses propres interprétations.

Je respecte donc les points de vue de chacun, la forme du yoga qu’ils enseignent, mais ils doivent cependant rester connectés autant que possible à « l’âme du yoga ».

Il n’est pas question d’ « unité » ou d’ « unification » dans le yoga

Vos maîtres vous ont peut-être rabâché les oreilles en vous disant que vous deviez, grâce à la pratique du yoga ne devenir plus « qu’un » : corps, cœur, âme, esprit, conscience, cellule etc., tout ce que vous voudrez : vous fondre avec l’absolu en gros.

Dans le Yoga-Sūtra de Patanjali, la bible des yogis d’aujourd’hui, il n’est absolument pas question de définir le yoga comme une « recherche d’unité » ou d’ « unification ».

En effet, le Yoga-Sūtra s’inscrit dans la tradition philosophique du sāṃkhya qui est dualiste. Le but ultime est l’isolement du puruṣa (principe spirituel, homme, soi) de la prakṛti (Nature). Je travaille actuellement sur le sāṃkhya pour une de mes conférences, je tâcherai de vous publier une chronique sur le sujet afin de vous éclairer davantage.

A partir du VIIIème siècle, l’advaita-vedānta, une autre tradition philosophique domine. Śaṃkara, dont vous avez forcément entendu parler au cours de votre apprentissage, est le maître de l’advaita-vedānta. Il est considéré comme l’un des plus grand philosophe et mystique de l’Inde.

A l’inverse de la tradition du sāṃkhya, l’advaita-vedānta est une philosophie non-dualiste pour laquelle il n’existe qu’une seule réalité absolue : l’atman (le moi personnel) est égal au brahman (l’absolu) : tout le reste n’est qu’illusion.

Les commentateurs du Yoga-Sūtra (il est impossible de comprendre le texte sans les commentaires) vont prendre de plus en plus l’habitude de relire et de commenter ce texte en fonction de cette école philosophique et mystique très influente. Ils vont par conséquent lire le mot « yoga » en fonction de la racine -YUJ qui a le sens d’unir. Tous les maîtres indiens vont donc, à partir de la fin du XIXème siècle, suivre cette tradition d’interprétation…

Par le biais de cette première chronique, j’espère vous avoir un peu éclairé, avec mon âme d’historienne sur ce qu’est « l’âme du yoga ». Voilà de quoi je me suis imprégnée pendant des années pour ma propre transmission du yoga. J’enseigne aujourd’hui une forme de yoga très douce, qui invite à s’installer dans la posture avec bienveillance, en veillant à la contemplation de ses mouvements extérieurs comme intérieurs : contemplation de ce qu’il se passe dans le corps par la gestion du souffle primordiale. L’objectif étant de retrouver sa vraie identité, son « essence » et d’atteindre l’isolement libérateur. Le yoga n’étant pas un moyen de se réaliser mais de revenir à notre être dénué de sa personnalité.

Je vous souhaite une belle route sur la voie du yoga. J’espère que nos chemins se croiseront. Et, pour vous remercier de votre soutien, je vous offrirai sur ma future chaîne Youtube un petit cours de yoga en guise du respect et de l’amitié que j’éprouve pour vous, cher lecteur. Merci de votre présence.

Om Shanti

Alexandra

 

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3 commentaires

Isabelle · 16 novembre 2017 à 9 h 05 min

Merci pour cet éclairage Alexandra, je pense que c’est ce yoga là qui est à l’origine de la sophrologie: retrouver son corps, être à son écoute, être dans la bienveillance par rapport à soi-même, ne pas chercher la performance mais être à l’écoute des ressentis. En Sophro c’est vrai qu’on informe d’abord le client de ce qu’il va devoir faire en lui faisant une démonstration préalable, j’imagine bien la difficulté qu’il y a à faire réaliser un exercice à quelqu’un en le guidant uniquement avec la parole. Le professeur doit être extrêmement précis sans que cela devienne pour autant purement technique sinon le mental commence à se manifester et à mettre le bazar et ce n’est pas le but recherché. J’aimerai bien suivre un cours de yoga avec toi pour voir. Je ne pratique pas le yoga, je n’ai suivi qu’un cours pendant ma formation de sophrologie pour voir justement les similitudes et différences entre ces deux disciplines. Si je devais me procurer les yoga sutra commentés quelle édition me recommandes-tu ?
Bises à roi,
Amicalement,
Isabelle

Lisa · 22 janvier 2018 à 8 h 31 min

Quelle belle chronique …Édifiante de vérité, je partage ton point de vue de manière empirique, car je ne connais pas la culture Indienne, mais ma perception du yoga correspond parfaitement á ton expérience….merci de nous faire partager toutes tes belles connaissances…Au plaisir de te lire á nouveau …

Mélissa · 28 janvier 2018 à 22 h 10 min

Merci pour cet article tres enrichissant. Belle découverte est ton blog.

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